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PRODUCTION « TIKTAALIK » – PIERO GILARDI

Production Agence d’artistes du CCC
« Tiktaalik » – 2010


Installation interactive

C’est le mois de septembre 2004. Le paléontologue Daniel Shubin et son équipe sont sur l’île canadienne d’Ellesmer – à 1600 km du Pôle Nord – à la recherche de fossiles de poisson qui puissent témoigner du passage de la vie animale de l’eau à la terre ferme. Ils finissent par trouver un fossile de poisson, de 375 millions d’années environ, qui présente au niveau des nageoires avant une structure squelettique semblable à celle des tétrapodes terrestres, formée d’une épaule, d’un bras, d’un avant-bras et d’un poignet. Ce poisson que les Inuits locaux avaient baptisé Tiktaalik, pouvait ainsi faire une sorte de flexion pour sortir la tête de l’eau. Une flexion semblable à celle que nous faisons pendant nos exercices de gymnastique.

Cette œuvre veut mettre en évidence les interconnexions profondes qui nous unissent au monde animal et ce, malgré la diversification de l’évolution. Cet élément d’union veut renforcer « l’aide mutuelle » basée sur la « solidarité biologique » dans la diaspora humaine actuelle. L’expérience interactive que l’œuvre propose est à la fois une pratique de reconnaissance de l’altérité animale et d’identification en vertu des origines biologiques communes. Faire des flexions face au simulacre du Tiktaalik, qui les répète simultanément grâce à un système robotisé de capteurs, constitue une expérience d’identification fonctionnelle avec un développement du SOI et au processus d’identification à travers l’hybridation avec l’altérité.

Le dispositif perceptivo-moteur qui s’instaure entre la personne et le Tiktaalik, occupés à faire symétriquement les flexions, évoque l’événement psychologique que Stanislansky – psychodramaturge – définissait comme étant un « engramme cénesthésique » en se référant aux expériences psychodynamiques infantiles. Vu que l’enfant sourit de façon autonome dès qu’il se sent bien, quand il est face à un adulte qui lui sourit, il lui sourit à son tour, car il déduit que l’adulte vit une condition de bien-être semblable à la sienne. Ce « court-circuit » proprioceptif permet à l’enfant de construire et d’introjecter un modèle de l’adulte et de commencer par la même occasion à apprendre les transactions sociales.